« Réforme » des rythmes scolaires : la patate chaude ou l’intérêt des enfants ?

Ecole élémentaire du Noyer Doré

Restituer un temps scolaire plus équilibré pour les enfants sur 4 journées ½ s’impose, mais quand, dans quelles conditions et avec qui ? Pour notre liste, la question dépasse largement l’organisation brinquebalante de ce temps imposé  aux villes par décret  ministériel !!

Etat des lieux à  Antony 

La municipalité a « concerté » et obtenu des réponses différentes, souvent contradictoires, sans large majorité sur la demi-journée à choisir et les temps des activités périscolaires… La municipalité annonce pourtant une « évidence » : « De manière très majoritaire, les familles souhaitent maintenir le début des cours à 9 heures, une pause méridienne d’une heure trente et la fin de l’école à 16 h 30 ». Pour le reste, à l’approche des élections, c’est donc « courage, fuyons » et le Maire annonce qu’il va présenter le projet … quand il sera prêt !

Quant au ministère, il facilite ces reports en repoussant l’obligation de présentation des projets municipaux de Février à Avril (le 11 Avril pour le 92). Il est même prévu dans les Hauts-de-Seine un Conseil départemental de l’Education Nationale en Mai si besoin…

Les Antoniens voteront donc sans connaissance des choix de la majorité sortante, les professeurs des écoles devront faire leurs demandes de mutations sans informations sur les projets retenus, les animateurs sont eux dans le flou complet et tout se fera « à l’arrache » en juin… Aux familles, dans l’été, d’adapter leur organisation au nouveau fonctionnement qui s’imposera au forceps en septembre !

Mal ficelée, inégalitaire, une réécriture de cette réforme s’impose. Prenons le temps de tirer un bilan des difficultés constatées depuis un an dans les communes qui l’ont déjà mise en œuvre. Et prenons comme boussole les enjeux d’égalité des droits à l’Education. Sans perdre de vue qu’aucune solution réellement satisfaisante ne sera possible, si l’on reste enfermé dans l’austérité.

Nos remarques et propositions

 Donner du temps aux enfants, chiche !

Dans une société où les savoirs jouent un rôle de plus en plus important, il y a besoin de plus de temps pour faire réussir tous les enfants. Plutôt que de multiplier les activités pour des enfants qui se fatiguent au cours de journées toujours aussi longues passées en collectivité, mieux vaudrait allonger la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, et garantir le droit à la scolarité dès 2 ans pour les familles qui le souhaitent.

Les enfants ont besoin d’une réforme qui marche sur ses deux jambes: un meilleur périscolaire certes, mais aussi une meilleure école.

La réforme des rythmes scolaires voulue par le gouvernement ne va malheureusement pas dans ce sens. Au lieu d’allonger le temps scolaire, elle avalise la réduction à 24H, imposée par la droite en 2008, du temps pris en charge par le service public d’éducation nationale (26H de classe précédemment pour tous ) et elle crée du temps inégalitaire  car les activités périscolaires seront bien différentes d’une commune à l’autre, d’un « formateur » à l’autre.

Sur le temps scolaire, rien n’avance: horaire stationnaire, effectifs souvent chargés, RASED très réduits, difficultés de remplacement… L’annonce des ouvertures et fermetures de classes est reportée après les municipales, mais aucune amélioration  sensible n’est à l’ordre du jour pour la rentrée 2014.

Dans ce contexte, les activités périscolaires ne sont qu’une petite part qui peut certes être positive pour les enfants ; mais faire croire que le temps périscolaire résoudra l’échec scolaire  est un leurre, un écran de fumée.

Ce sont tous les rythmes et les priorités de la société qui doivent être repensés : pour réduire les journées des enfants, il faut réduire les contraintes de travail, d’horaire et de transports imposées aux parents. S’attaquer aux inégalités c’est se rappeler que si l’école ne peut pas tout, c’est néanmoins en améliorant l’école que l’on fera réussir tous nos enfants !

Locaux, intervenants: le bricolage nuit

Les communes qui ont déjà mis en œuvre la réforme cette année ont pu le constater.

Des activités périscolaires peuvent avoir toute leur place à côté du temps scolaire, mais elles seront différentes selon que ces activités culturelles, sportives auront lieu avec un-e animateur-trice ou avec un enseignant. Chacun a sa spécificité, ils ne sont pas interchangeables.

Les activités périscolaires doivent pouvoir être menées dans des lieux bien pensés, soit par des enseignants volontaires (et rémunérés) soit par des animateurs formés (un véritable  temps de formation doit leur être donné avant intervention auprès des enfants).

Nous devons réfléchir à la question des locaux à mettre à disposition : les locaux de l’école ont un sens pour les enfants, les partager avec des temps d’animation n’est pas si simple que certains le pensent. La question des règles de vie, de la nature des échanges selon les lieux ou les temps n’est pas aisé à appréhender pour un enfant qui doit construire des repères, en particulier en maternelle.

Il faut prévoir les moyens pour l’échange d’information au quotidien entre enseignants et intervenants, et pour la communication avec les familles.

Le financement, un vrai problème pour la Ville

Cette réforme des rythmes scolaires s’inscrit dans le cadre contraint de l’austérité. Ainsi lors du dernier conseil municipal de la mandature, dans le Débat d’Orientation Budgétaire, la municipalité souligne une baisse de la dotation globale de fonctionnement versée par l’Etat à la Ville (0.9M d’euros par an depuis 3 ans, mais 0.85 M d’euros prévus en 2014 et 2015). Et dans le même temps la Municipalité prévoit une dépense d’environ 1 Million d’euros pour mettre en place les activités périscolaires imposées par le décret Peillon. Or, si la mise en place la première année de cette réforme est en partie financée par l’Etat et la CAF, rien n’est prévu à partir de la rentrée  2015 où la Ville devra assumer seule.  Au risque d’être acculée à sacrifier d’autres dépenses utiles (lesquelles ?) ou de mégoter sur le nombre, le statut ou la formation des animateurs.

L’enjeu de la laïcité et de la gratuité

Au regard de la Charte publiée par le Ministre, la laïcité a pour rôle de tenir à distance de l’école toute forme de prosélytisme, y compris le prosélytisme marchand. Or la loi Peillon organise l’irruption dans l’enceinte scolaire d’associations dont les objectifs peuvent être en contradiction avec les missions de l’école, voire de grandes entreprises qui rêvent de conquérir de nouveaux « clients ». Ainsi Total prévoit déjà de débloquer un fonds de 16 millions d’euros pour « aider » à la mise en place du périscolaire. Dans le même temps, les établissements privés sont exonérés d’application de la réforme de par leur caractère propre.

La gratuité est aussi attaquée. Le décret Peillon autorise en effet les municipalités à rendre payant le périscolaire effectué sur les heures « libérées », choix que certaines majorités municipales ont déjà annoncé. Le Ministre confronte les familles à un choix cornélien : soit vous payez, soit votre enfant est dans la rue une heure plus tôt.

Notre position

Refusant les inégalités de moyens qui aggravant les inégalités sociales, et conscients des choix différents d’une ville à l’autre, les candidat-e-s d’Antony à Gauche sont porteurs d’un projet d’éducation qui n’augmente pas mais réduise les inégalités pour les enfants. C’est pourquoi ils demandent que l’Education nationale ne se défausse pas sur les collectivités après avoir réduit leurs dotations financières dans la loi de finances !! L’Ecole publique laïque doit avoir les moyens d’assumer ses missions (transmission des connaissances et exercice de la citoyenneté) et la question du rôle, de la formation et de la place de l’ensemble des personnels (enseignants, animateurs …) doit être posée dans le cadre d’une véritable concertation avec tous les partenaires.

Lorsque des activités périscolaires existent, elles doivent être gratuites et leur conception pensée en continuité pédagogique avec les activités scolaires avec les personnels qualifiés.

Ni statu quo ni bricolage. Une réforme des rythmes est importante et nécessaire. Mais elle doit se construire en partant des besoins des enfants, de la situation des familles et s’inscrire dans un changement plus global de la société. Elle ne doit pas tenir lieu d’une amélioration de l’école. Elle ne doit pas être un prétexte pour casser l’égalité républicaine et engager une marchandisation de l’éducation.

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