Départementales 2015 : analyse des résultats

Au delà de la vague bleue et de la déroute du PS, qui entraîne toutes les formations de gauche, 2 éléments majeurs nous interrogent, tant au niveau national que local.

1- L’abstention : 50,02% au 2è tour, en légère progression par rapport au 1er tour.

c’est 1 Français sur 2 qui n’a pas voté, après les 56 % d’abstention aux Européennes et une abstention record pour les municipales en 2014, qualifiée du jamais vu depuis 1956. Même si l’abstention est inférieure aux cantonales de 2011, elle a les mêmes raisons :

« *Le sentiment que le vote ne sert à rien est désormais dominant » et touche les catégories les plus fragiles : les jeunes les moins diplômés et les ouvriers précaires.

C’est ce que révèle aussi une enquête IFOP**, réalisée la veille du 1er tour :

  • 68% des moins de 35 ans ont déclaré qu’ils s’abstiendraient
  • 64% des employés et 52% des ouvriers
  • 62 % des sans diplômes

Il s’agirait moins d’une abstention-sanction que d’un désintérêt et un désespoir profond, en particulier parmi des électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche à l’élection présidentielle, chez qui l’abstention aurait été la plus forte (56%), la moins forte étant chez les électeurs de NicolasSarkozy (39%).

 Dans le département, abstention plus forte que nationalement, touchant en priorité les cantons populaires, sauf un sursaut au 2è tour à Gennevilliers pour le binôme FDG affrontant un binôme FN.

 A Antony, l’abstention a été moins forte que nationalement, mais élevée en moyenne, presque 48%.

Mais ce sont les chiffres de chaque bureau qu’il nous faut regarder : 72% au Noyer doré maternelle ; 64% à Anatole France maternelle ; 60% Adolphe Pajeaud élémentaire ; plus de 55% dans les quartiers des Rabats et de Guillebaud contre seulement 40% à un bureau de l’hôtel de Ville, à Ferdinand Buisson et à l’espace Vasarely  par exemple, et moins de 50% dans la plupart des autres bureaux. Ce sont les bureaux des quartiers populaires qui ont le moins voté.

 2- L’autre élément majeur, ce sont les scores du Front National, là aussi à regarder de façon différenciée. Au niveau national, son score de 25,3% est inquiétant, même s’il ne comptabilise que 62 conseillers (à comparer avec les 167 du Front de gauche).

Cependant des poches très brunes se confirment sur la carte de France : le Nord, le Sud-Est, à l’Est de L’IDF. Au 1er tour, il était en tête dans 42 départements.

Contrairement aux autres partis, le FN aurait mobilisé la majeure partie de son électorat des présidentielles, ce qui montre un électorat stable, auprès des moins de 50 ans, des ouvriers et des employés. S’il gagne sur la droite, il prend aussi sur l’électorat de gauche.

En dehors du rejet de la politique d’Hollande et de ses conséquences sur le quotidien des classes populaires et moyennes, des explications sur la montée vote FN:

  • début 2013, Marine Le Pen a entamé une série de déplacements à travers la France : conçu par le Front national comme une« campagne de proximité » pour aller à la rencontre des « invisibles » et des « gens normaux » des zones rurales et péri-urbaines, ce « tour de France des oubliés », meetings largement médiatisés.
  • présentation de candidats dans plus de 1800 cantons (93%), soit le plus fort taux de couverture affichée des cantons de toutes les formations politiques, selon le découpage des étiquettes mis en place par le Ministère de l’Intérieur.
  • présence quasi-permanente dans les medias
  • influence des sondages qui le plaçaient en 1è position
  • banalisation du vote Front National
  • Repositionnement du Front National sur des thèmes sociaux tout en continuant à stigmatiser « l’autre », « l’étranger », « l’immigré »
  • Impression pour de nombreuses personnes que le Front National est le seul parti politique « à contester véritablement le système »

Mais selon l’analyse de C. Braconnier*, ceux qui ont voté pour le FN ne sont pas les plus fragiles mais les travailleurs pauvres qui ont le sentiment d’être exploités par ceux d’en haut et de payer pour ceux d’en bas, cad le chômeur, l’immigré, celui qui touche les aides sociales, et comme le disent les dirigeants du FN, les fraudeurs.

C’est cela qui doit nous inquiéter, car pour l’instant nous avons perdu sur le terrain idéologique, comme le dit Jean-Luc Mélenchon dans sa déclaration (Humanité du 30 mars 2015) :

« La victoire de l’extrême droite et de la droite à sa remorque est davantage qu’un résultat électoral : elle montre que notre culture de la fraternité humaine, notre idéal de liberté personnelle, notre aspiration à l’égalité sociale et au partage des richesses, …tout cela n’est plus la culture commune dominante ».

Nous avons perdu du terrain sur l’alternative à l’austérité et la défense des services publics ; la dette serait trop grande, on dépenserait trop…

 A Antony, le FN ne fait pas de poussée, il fait même son plus mauvais score du département, avec Issy, soit 10,5%, mais on constate que dans presque tous les bureaux, le FN devance le Front de gauche, sauf à La Fontaine et aux bureaux Vasarely, Ferdinand Buisson-Maternelle e tPaul Bert Maternelle,- et que son implantation se situe dans les quartiers populaires mais pas seulement (ex : Jules Ferry Maternelle) . Sur 2 bureaux, à Guillebaud et aux Rabats, le FN atteint 19%.

 Sur la division de la gauche, sur laquelle Valls veut faire reposer sa défaite :

  • d’une part sa politique est contestée même dans ses rangs, et comme le dit André Chassaigne (Huma du 01/04/15) « c’est parce que la politique de la gauche a échoué que la gauche est divisée »
  • d’autre part, pour les électeurs de gauche qui s’intéressent de loin à la politique, c.a.d la majorité, les distinctions à l’intérieur de la gauche ne sont pas identifiées ; de plus, les alliances variables entre les uns et les autres ne sont pas comprises*.

 Résultats du FDG au niveau national, qui totalise 9,4% des votes au 1er tour : au delà des manipulations d’étiquettes, c’est la 3ème force politique avec 176 conseillers départementaux à l’issue du 2nd tour

Mais selon l’IFOP**, nous ne recueillons que 6% des voix des moins de 36 ans, 7% des ouvriers, 7% des employés.

2 fois sur 3, lorsqu’un binôme FDG était présent au 2ème tour, il l’a emporté, témoignant ainsi de la grande capacité de rassemblement de nos candidats ; on l’a vu sur Bobigny.

Le Val-de-Marne garde sa majorité et une présidence communiste. C’est une politique de progrès social au service de ses habitants qui est ainsi confirmée dans les urnes. L’élection de candidats Front de Gauche à Villejuif le démontre bien avec un score de 56,11% après avoir perdu la ville aux municipales.

Dans notre département: pour la 1ère fois, un accord départemental FdG/EELV a eu lieu, concrétisé dans 4 cantons et dans 2 cantons les candidats FdG étaient soutenus par les Verts. Nous avons présenté 21 binômes sur les 23 cantons du 92

Les binômes FdG ont été élus dans les 3 cantons en lice pour le 2ème tour, et ce, avec de très bons résultats et surtout avec une augmentation des voix du total des listes de gauche du 1er tour.

Dans le canton de Gennevilliers, : 75,94%. C’est le meilleur score du second tour dans le département. A Gennevilliers même, 6702 voix et 79,31%, soit 737 voix de plus et +4,81% que le total FDG+PS+EELV+DVG du 1er tour. A Villeneuve, 2493 voix et 67,36%, soit +914 voix et +26,36% sur le total FDG+PS+EELV+DVG du 1er tour.

Dans le canton de Bagneux, : 54,34%, dont 5486 voix et 67,84% dans la ville même de Bagneux (progression de 63 voix et de 3,57% sur le total des voix FDG+PS du 1er tour) et 2520 voix et 38,04% à Bourg-la-Reine, soit moins 289 voix et -2,75% que le total FDG+PS du 1er tour.

A Nanterre 1, 6640 voix et 63,69%, soit + 292 voix et +8,12% que le total FDG+PS et du 1er tour.

Le premier groupe d’opposition du Conseil départemental obtient donc 6 sièges contre 8 dans la précédente assemblée. Le PS n’en obtient plus que 2 au lieu de 7, sur le canton de Montrouge-Malakoff.

 Sur Antony, le FdG atteint 5,67%, dans un contexte difficile : 4 listes à gauche, désintérêt des Antoniens (constaté sur le marché et dans les réunions publiques).

Le FdG a un noyau stable d’électeurs, un millier environ ; les 1000 perdus par rapport aux municipales proviennent sans doute en grande partie des électeurs des autres partis à gauche qui ne voulaient pas voter PS : on voit que les voix pour les Verts, Citoyens et PS seuls font plus que lorsqu’ils sont alliés.

On peut dire aussi qu’une partie de la gauche contestataire ne se reconnaît pas dans le FdG à Antony.

Les Antoniens peuvent compter sur le Front de gauche et ses élus sur la ville pour continuer à les écouter sur leurs difficultés quotidiennes et à agir avec eux pour une société plus juste et plus solidaire. D’autres choix sont possibles que la politique actuelle d’austérité, de casse du Code du travail, d’abandon des services publics, pour la défense de l’emploi et des salaires.

Par ailleurs des sujets d’importance pour l’avenir de notre ville et de nos territoires sont  en train d’être débattus pour aboutir à court ou moyen terme : délimitation du futur territoire amené à remplacer la Communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre au 1er janvier 2016, projet d’Opération d’Intérêt National sur le secteur Jean Zay dans le cadre du Plan de Mobilisation pour le Logement, aménagement d’Antonypôle en lien avec le Grand Paris Express, enquêtes publiques à venir au cours de l’année 2015 : liaison TGV Massy-Valenton, Tramway Croix-de-Berny – Clamart. Autant de sujets qui nécessitent que la population puisse s’en emparer.

*Céline ­Braconnier : « Le sentiment d’abandon est très fort dans l’électorat populaire », entretien réalisé par Laurent Mouloud, l’Humanité du 30 mars 2015.

**Ifop et Fiducial pour i>TELE, Paris Match et Sud Radio Le profil des électeurs et les clefs du scrutin départemental – 23 Mars 2015

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